Article sur la drogue dans les écoles

Article paru dans le journal Le Soleil,le 24 sept.2009

par Richard Therrien

Montréal

Il n’y a rien de plus facile que se procurer du hasch, de la coke, du pot et de la freebase à l’école. Plus encore que la cigarette et même qu’une frite, bannie depuis que la malbouffe a été rayée des écoles.

Un simple clin d’oeil ou un signe de la tête, et l’affaire est conclue. À l’école, on ne prend pas sa pause pour le café, mais pour des speed ou pour fumer un joint. Interrogez quel­ques élèves, ils vous diront que c’est chose courante.

C’est la constatation effarante qu’ont faite la journaliste Sophie Bélanger et le réalisateur Guillaume Lonergan en parcourant plusieurs écoles québécoises. Étalée sur une année, leur enquête très révélatrice sera présentée dans une série documentaire en trois épisodes, La drogue à l’école, dès le mardi 29 septembre, 20h, à Canal Vie.

La donnée la plus inquiétante : on commence jeune à consommer. Dès le primaire. Cédric, 16 ans, a commencé à 10 ans. Crack, pilules. Il a fini au Portage, un centre pour les cas lourds de toxicomanie. Après des années à consommer au quotidien, Andréanne se sentait vieille à 16 ans. Rachitique, elle s’assoyait sur ses mains : la chaise était trop dure sous ses fesses. Personne, personne ne lui est jamais venu en aide.

 

Rien ne l’aurait distraite de sa drogue. Surtout pas les deux conférences par année que reçoivent les jeunes dans les écoles. «Une madame de 60 ans qui te dit de ne pas consommer de drogue!» se moque-t-elle.

Sophie Bélanger et Guillaume Lonergan ont eu toutes les misères du monde à recueillir les témoignages de directeurs d’école. «Au privé, ils ne veulent surtout pas montrer qu’il y a de la drogue dans leur école», explique le réalisateur. Un seul a accepté, avouant du même coup que les élèves pris sur le fait sont aussitôt renvoyés. Comme si le problème était réglé. Les professeurs n’ont pas été plus loquaces, de peur d’être réprimandés par leur direction.

C’est reconnu dans les milieux scolaires : quand il faut couper, on coupe d’abord les éducateurs en prévention des toxicomanies, les EPT. De sorte que ceux qui restent sont pris avec 3000 élèves chacun. Plutôt que d’in­vestir pour former de nouveaux intervenants, on préfère engager des chiens pisteurs à 5000 $ pour 50 heures. Un intervenant, lui, coûterait 7000 $ pour 300 heures.

Au gouvernement, on s’en lave les mains. La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a refusé d’accorder une entrevue. «Ça ne se peut pas qu’elle puisse répondre sur les batailles au hockey mineur, et pas sur ça. On est en train de perdre une génération», s’inquiète Sophie Bélanger.

Pourtant, les solutions existent. Quand elles ont vu arriver le speed en masse dans leurs classes, les écoles du Saguenay-Lac-Saint-Jean se sont mobilisées et ont demandé à la commission scolaire une subvention destinée à la prévention. Elles l’ont eue.

Le documentaire s’interroge sur les multiples efforts pour enrayer le décrochage scolaire, alors qu’il s’agit justement d’une conséquence de la consommation de drogue. On se demande aussi pourquoi le gouvernement met tant d’effort pour faire disparaître la malbouffe, mais qu’il laisse circuler la drogue sans rien faire.

Le second épisode s’intéresse aussi à la légalisation des drogues douces, qui, selon certains, réglerait une partie du problème. Une thèse qui mérite d’être étoffée.

 

Pas de réaction sur “Article sur la drogue dans les écoles” (réagissez)

 

Laissez une réponse